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Découvrir l’Opéra : comment ne pas se tromper ?

Photo du rédacteur: Willow
Willow
12 mai 2023
11 min de lecture

Alors, alors… la grande question que toutes les personnes qui veulent tenter l’expérience de l’Opéra devraient se poser avant de se lancer : par quoi commencer quand on veut aller voir un Opéra, mais qu’on a plein de « stéréotype » dans la tête ?

Je pense que, trop souvent, les personnes qui veulent tester l’Opéra par curiosité choisissent une œuvre au hasard. Généralement, parce que c’est une œuvre célèbre et qu’ils se disent que si c’est connu, c’est forcément une bonne raison de commencer par ça ; ou parce que l’affiche du spectacle leur a plu…


J’espère que ceux qui liront cet article ne feront pas ces erreurs. Choisir le premier Opéra que vous allez voir en vous remettant au hasard est la meilleure façon de vous en dégouter définitivement.


Car si l’œuvre connue en question est, par exemple, Tristan et Isolde de Wagner ou même la Walkyrie rendue célèbre par le film Apocalypse Now (la scène du raid avec les hélicoptères), aussi géniales que ces œuvres soient, vous partez quand même pour 3h30, voir 4h (pour Tristan et Isolde) de spectacle, sans compter les entractes. Parce oui, pour des œuvres aussi longues, on peut avoir parfois deux entractes de 20 minutes… Plus de 3h d’Opéra, quand on n’est pas habitué – et même quand on l’est, je peux vous l’assurer – c’est vraiment, vraiment, vraiiiiment très long.

D’autres facteurs peuvent rendre l’expérience désagréable en dehors de la longueur : la qualité des musiciens/chanteurs, et la mise en scène. Imaginez-vous passer 4h à écouter des chanteurs moyens, avec une mise en scène contemporaine totalement ramdom et incompréhensible. Car oui, il est de plus en plus difficile de voir de bonne mise en scène. En essayant de se moderniser, certains metteurs en scène prennent des libertés qui dénaturent parfois totalement l’œuvre… Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai pensé que j’aurais mieux fait de fermer les yeux pour mieux profiter d’un Opéra…


Maintenant qu’on a dégrossi les erreurs les plus faciles à faire, voici mes conseils pour bien choisir et vivre une expérience extraordinaire à l’Opéra, ou du moins une expérience pas trop désagréable.


Les différents types d’Opéra


Tout d’abord, il faut se rendre compte qu’il existe vraiment pleiiin de types d’Opéra. Commençons par démonter doucement les stéréotypes en faisant un bilan de ce qui déplait généralement dans les Opéras, et qui vous empêche de franchir le pas.


« Les histoires racontées par les opéras sont toujours des tragédies exagérées et surjouées… »


Oui, souvent quand on ne s’y connait pas trop on imagine des chanteurs dans des costumes anciens hauts en couleur, des perruques, des mimiques hyper exagérées et un chant qui ressemble à une longue complainte… Et c’est normal puisque les sujets « légers » sont arrivés vraiment tard dans l’histoire de l’Opéra et ont mis du temps à faire leur place pour être enfin considérés comme de grandes œuvres. Une grande partie des Opéras les plus célèbres sont des tragédies lyriques, on ne va pas se mentir. Ce sont quand même souvent des œuvres absolument magnifiques, mais leur côté pompeux peut rebuter au premier abord.


Donc oui, aussi magnifique que ça soit, voici mon premier conseil : ne commencez pas par une longue tragédie lyrique. Regardez si le sujet vous intéresse et la durée.


Ce sont généralement ces œuvres-là, d’ailleurs, qui sont aussi plutôt « longues ». Alors existe-t-il des Opéras avec des thèmes légers et pas trop longs ? Bien sûr que oui ! Et on dit merci aux Italiens !

À partir des années 1750, l’Opéra Buffa devient un genre très populaire.


« Que quoi qu’est-ce ? »


À l’origine, les Italiens ont créé l’Intermezzo. C’était, comme le nom l’indique, des petits intermèdes légers qui caricaturaient et critiquaient souvent les luttes des classes et la société. Ils étaient joués pendant les entractes d’un Opéra plus long et plus sérieux, en Italien on dit Opéra Seria, nous, Tragédie lyrique. Il y a quelques différences entre ces deux genres bien sûr, notamment parce que la musique classique française et l’Italienne sont tout simplement différentes, mais je ne vais pas entrer dans les détails dans cet article.

L’Opera Buffa c’est tout simplement la version longue de l’Intermezzo. Pour certains d’entre eux, plusieurs Intermezzos mis à la suite racontaient une petite histoire quand on les réunissait, un peu comme des petits épisodes d’une série. C’est cool non ? Cela donnait donc des petits Opéras de 1h ou 1h30 maximum. C’est déjà plus abordable.


Le mot « Buffa » veut tout simplement dire « drôle ».

Les Français, un peu beaucoup coincés à l’époque, ont eu du mal à adopter le genre qu’ils appelaient carrément des « bouffonneries » et traduiront Opera Buffa par Opéra Bouffe. Mais cela a quand même rapidement eu du succès. Pourquoi ? Parce que les sujets parlaient À tout le monde et DE tout le monde. Cela rendait l’Opéra accessible au petit peuple et il s’agissait ENFIN de spectacles qui parlaient d’eux. Enfin des histoires réalistes, des personnages auxquels ils pouvaient s’identifier plutôt que les dramas des héros de mythologie grecque. À partir de ce moment-là, plein de genres plus légers, dans des formats un peu plus courts, sont arrivés.

Vous allez me dire « ouais, mais c’est en Italien ». Oui, mais aujourd’hui en France, les Opéras sont presque toujours sous-titrés, même quand ils sont en français !


Et vraiment, je trouve (et c’est tout à fait personnel) que l’Italien est clairement la langue qui va le mieux à l’Opéra.


Ce sont des Opéras qui racontaient tout simplement des histoires sur de vrais humains (et non pas des mythes) qui ont commencé à être créées. Voici donc une liste non exhaustive des genres d’Opéra par lesquels je vous conseille de commencer :

1. L’Opéra Buffa (évidemment)

2. L’Opéra-Comique (en Français) : Je triche un peu. L’Opéra-Comique existait déjà avant l’arrivée définitive de l’Opéra Buffa, mais il est totalement inspiré du genre italien. Attention, certains Opéras-comiques sont longs, et surtout comiques ne veut pas forcément dire drôle. Cela signifie surtout qu’il y a une partie de « comédie » dans l’œuvre, donc de théâtre. On se rapproche de l’ancêtre de la comédie musicale ! Il y a des parties chantées, et des parties parlées. Si je devais citer un Opéra français de ce genre, extrêmement célèbre, je dirais évidemment Carmen de Bizet.

« L’amour est enfant de bohème, Il n’a jamais jamais connu de loi. Si tu ne m’aimes pas je t’aime, Si je t’aime, prends garde à toi ! » (J’espère que vous l’avez dans la tête).

Les Opéras-Comiques peuvent traiter de sujet historique ou merveilleux, et donc dans la deuxième partie du XVIIIe siècle après le passage de l’Opéra Buffa en France, il traitera plus souvent des sujets de société. Il est lui aussi d’inspiration italienne, d’ailleurs, mais je ne vais pas vous faire un historique de l’Opéra ici.


3. L’Opérette : Celui-là est probablement le genre que je recommanderai le plus pour une première fois. Je dois avouer que c’est un de mes genres préférés. On a tout, du chant, du théâtre, de la danse, de l’humour, mais pas que. Je sais que c’est mal, mais comme c’est très bien dit sur Wikipédia et je n’ai pas le cœur de changer la phrase, donc je cite : l’Opérette « est à l’Opéra-comique, ce que le vaudeville est à la comédie ». Les sujets sont merveilleusement légers, parfois aussi extrêmement touchants. L’un des compositeurs les plus incontournables du genre est Jacques Offenbach. Si vous voyez passer une de ses œuvres dans l’Opéra près de chez vous, après vous être bien renseigné sur la mise en scène et les comédiens (voir parties suivantes) foncés tête baissée. Vous ne risquez que de vous amuser et d’en prendre plein les yeux. Les enfants vont aussi probablement beaucoup apprécier le spectacle même s’ils ne comprennent pas tout à l’histoire, car beaucoup de sujets adultes peuvent être abordés. Mais vérifiez quand même un peu l’argument de l’oeuvre avant parce qu’ils peuvent être un peu osés (dans de ce qui était considéré comme « olé olé » à l’époque, mais quand même).


« Mais on ne comprend rien quand ils chantent, même en français. »


C’est souvent vrai ! D’où les sous-titres, comme je disais. La majorité des Opéras diffusent les sous-titres aujourd’hui même en français.


Si vous vous demandez pourquoi on a toujours l’impression que les chanteurs essaient de chanter avec une énorme patate bouillante dans la bouche (je n’utilise pas cette image pour rien, les chanteurs auront surement la ref) c’est tout simplement parce que, historiquement, la musique avait plus souvent pour vocation de mettre en avant la virtuosité et les capacités techniques du musicien/chanteur, que l’histoire racontée. Donc la technique était mise en avant, le texte… bof… aussi beau soit-il.

Mais dans les genres cités au-dessus, l’Opéra-Comique et l’Opérette sont aussi souvent appréciés parce que la façon de chanter dans ces spectacles-là, même en restant de la technique lyrique, est nettement plus facile à comprendre. L’histoire, les messages passés sont plus importants. Ce qui est merveilleux c’est que malgré ça, les grandes chansons (ou air) de ses Opéras, n’en sont pas moins beaux et moins virtuoses.


La Mise en Scène


Se renseigner sur le metteur en scène et essayer de vous renseigner sur les œuvres qu’il a déjà faites, comment ça a été reçu, quelle est sa marque de fabrique… Cela vous évitera le risque de tomber sur un Stabat Mater qui commence avec un mec à poil sur scène, continu avec des gens avec des crêtes de punk sur la tête et des tee-shirts avec écrit « NO FUTUR » dessus, un chœur noyé sous la scène qu’on entend à peine alors qu’ils ont la plus belle partie de l’œuvre, et se terminent avec une femme qui se balade avec un charriot rempli de poupée super creepy… Vous parlez d’un traumatisme… c’est du vécu. C’était une œuvre de Dvorak, un de mes compositeurs préférés, je n’ai pas pu en profiter une seule seconde. J’avais cette tête tout du long :

Donc : on vérifie le metteur en scène, ce qu’il a déjà fait, ses habitudes, ses critiques qu’elles soient positives ou négatives. Le mieux reste encore de trouver un metteur en scène qui met tout le monde d’accord.

C’est vraiment presque la chose là plus importante à laquelle faire attention.


[Ceci est une partie ajoutée après le live : Si vous voyez une grande œuvre, connue, censée être bien, mise en scène par Rafaël Villalobos, n’y allez pas, sauf si vous adorez les gens qui ont besoin d’introduire des scènes violentes de sexe, là où il y n’y en a pas dans l’œuvre originale. En tout cas, évitez d’y amener des enfants... D’autant qu’il semble mal connaitre les Trigger Warning.]


Les Artistes


Choses à vérifier : l’orchestre, mais surtout, le chef d’orchestre. Puis les chanteurs.

Un orchestre amateur peut faire des choses incroyables avec un très bon chef d’orchestre. Donc oui, un bon orchestre un peu connu pour sa qualité ça sera super, mais la qualité du chef d’orchestre va beaucoup jouer.

Pour les chanteurs, ils ont souvent des vidéos, des démos sur internet, n’hésitez pas à faire des recherches sur ceux qui incarneront les personnages principaux de l’opéra que vous souhaitez voir, où, si vous ne voulez pas trop vous « spoiler » leur voix, regardez leur parcours, les concours qu’ils ont fait etc. ça peut en dire long sur leur qualité. Après sans chercher trop loin, si la mise en scène et l’orchestre semblent déjà de qualité, il y a peu de chance que les chanteurs ne soient pas de la même qualité. Les deux premiers critères de vérification peuvent suffire.


Je balance des noms


Je vais vous balancer des noms d’Opéra que j’aime et que je conseillerai pour une première approche. Puis une liste des chanteurs que j’ai vraiment aimés et qui valent le détour. Et enfin des metteurs en scène qui m’ont épaté. Il n’y en aura probablement pas beaucoup, mais bon.


Mozart, Rossini : notamment Le Barbier de Séville et les Noces de Figaro. On ne le sait pas toujours, mais les Noces de Figaro, c’est la suite de l’histoire du Barbier de Séville, avec les mêmes personnages. Rossini a fait le Barbier de Séville et Mozart a fait les Noces de Figaro. Ces deux opéras sont extrêmement différents, mais ils sont très bien tous les deux. La durée est correcte et la musique est belle, évidemment.

Je vais vous proposer une version filmée absolument magnifique des Noces de Figaro, elle n’existera plus sur scène, mais elle est géniale. C’est celle de John Eliot Gardiner avec The Monteverdi Choir et The English Baroque Soloists. Le personnage principal de Figaro est chanté par Bryn Terfel qui est une vraie merveille ! Les autres chanteurs sont évidemment très bien aussi, la mise en scène est belle, simple et efficace. Donc si vous voulez éviter de payer une place à cher dans un opéra, ça reste une approche à envisager.


Trigger Warning : Ces opéras ont été écrits dans un contexte et une société très différente… C’est souvent très misogyne, mais c’est comme ça. On ne va pas réécrire l’histoire… On tourne souvent autour de propos du genre « la femme doit obéir à l’homme et n’a pas la capacité de réfléchir correctement sans les hommes… ». Ce n'est jamais le sujet principal de l'œuvre, mais c'est comme ça qu'était la société à l'époque. Donc si l’histoire risque de vous gâcher le plaisir musical, passez votre chemin.


Un autre gros tube de l’Opéra français évidemment, Carmen de Bizet. Un des premiers opéras un peu féministes de l’histoire. Attention il y a eu des mises en scène vraiment pas folles ces dernières années… Mais il y a heureusement de super versions sur internet comme celle de produit par Richard Eyre en 2009 avec Yannick Nézet-Seguin en chef d’orchestre, avec Elina Garanca et Roberto Alagna. Je n’ai pas encore trouvé la version entière, mais ça vaut la peine de chercher. Attention pour Carmen : C’est un Opéra-comique dramatique, donc ce n’est pas vraiment rigolo comme histoire.

Jacques Offenbach valeur sûre en termes d’histoire, d’humour et de musique. Il reste à vérifier les mises en scène. Il y a deux ou trois ans, le comédien Thomas Jolly avait fait une mise en scène incroyable de Fantasio.

Hervé, rival et ami d’Offenbach, a aussi composé de petites perles. Il y a quelques années Pierre-André Weitz avait réalisé une vraie merveille avec l’Opérette Mam’zell Nitouche. On peut trouver encore le trailer sur internet. On est vraiment sur le vaudeville presque cabaret. C’est beau, drôle et léger. Un bonbon.


Petit plus non négligeable !!! beaucoup d'Opérette son plutôt Queer friendly ;)

J’espère que maintenant, non seulement vous aurez un peu plus la curiosité de tester l’Opéra, même si vous avez des a priori et que vous choisirez de prendre le temps de vous renseigner avant. Ne pas le faire c’est prendre le risque de se dégouter définitivement et ça serait vraiment dommage. Cela arrive beaucoup trop souvent et c’est très triste… Comme pour tous les styles musicaux, l’Opéra demande un peu de recherche et de patience pour trouver chaussure à son pied. Je me permets de donner mon exemple personnel : je n’ai pas voulu écouter de RAP pendant des années jusqu’à ce que j’entende et comprenne ce qui me plaisait ou ne me plaisait pas. J’ai fini par trouver des genres de RAP qui me plaisent et c’est super cool ! Depuis très peu de temps également, je découvre le Métal grâce à mon conjoint qui m’a fait écouter un éventail assez important de style différent alors que je n’en écoutais pas et que ça me rebutait. Je sais aujourd’hui que j’aime vraiment certains types de métal symphonique. Ne fermez pas les portes à quelque chose qui peut vraiment vous apporter, en plus du plaisir, de la curiosité.


Si vous suivez correctement mes conseils, cela vous évitera déjà de passer un moment terriblement désagréable. Et si finalement il se trouve que l’Opéra que vous aurez vu ne vous a pas plu, le seul risque que vous prenez c’est d’avoir assouvi votre curiosité, en ayant vécu une nouvelle expérience et appris quelque chose. Vous en sortirez enrichis de quelque chose et sans traumatisme, c’est déjà ça !


Article de Willow

Sources et Références


GARDINER, John Eliot, Le Nozze di Figaro de W.A. MOZART, The monteverdi choir - The english baroque soloist. Avec : Bryn Terfel (baryton/basse), Alison Hagley (soprano), Rodney Gilfry (baryton), Hillevi Martinpelto (soprano), 2001

(La version que j'ai trouvé est malheureusement sous-titré en Italien et visuellement de mauvaise qualité... snif)


BRYN TERFEL est une valeur SÛR en terme de chant. Une perle rare. Je vous encourage à aller écouter ce qu'il a fait d'autre.



JOLLY, Thomas, Fantasio, OFFENBACH, Jacques, 2020 (lien vers un extrait avec un très joli duo. Oui, c'est une femme qui joue le personnage de fantasio )


EYRE, Richard, Carmen, BIZET, George, 2009 (je ne l'ai trouvé en entier que sous titré en espagnol mais c'est un spectacle français)




 
 
 

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